Parlons d’un sujet tabou en police technique et scientifique et dans l’enquête judiciaire en générale.

J’avais déjà abordé les erreurs d’identifications d’individus à partir de traces papillaires digitales dans un précédent article, mais il n’y a pas que dans le monde de la trace dactyloscopique que des erreurs peuvent apparaître.

J’ai toujours répété sans cesse que l’erreur n’était pas admise dans le travail du policier scientifique, elle n’en est pas moins présente toujours adossée a ce fameux facteur humain dont les qualités comme les défauts sont si difficilement quantifiables et tellement  tributaire d’un « état d’esprit » parfois vacillant.

maitriser les erreurs police scientifique

En dépit de toutes les assurances sur les moyens techniques et sur la compétence des acteurs de la science forensique et malgré leur expérience ainsi que sur l’application de tous les modèles de réflexion innovants qui se sont fait jour au cours des deux dernières décennies, les risques d’erreurs sont omniprésents.
Aidée par des outils nombreux de plus en plus performants, l’exploitation sensée de la trace matérielle devient généralement source d’hypothèses causales raisonnables mais il subsiste toujours une dose d’incertitude. Celle-ci est liée à l’obligatoire reconstruction artificielle, à partir d’indices parfois ténus, d’une situation passée donc à l’évidence non vérifiable, même si de nombreuses données scientifiques convergentes en appuient la véracité.
L’expert est contraint pour maîtriser au mieux le risque d’erreurs de la prendre en compte à chacune de ses actions techniques et à chacun des raisonnements qui le conduisent à une décision.

Parfois la difficulté est grande, en particulier en matière de toxicologie médico-légale et plus encore pour l’ADN.
Certaines équipes ont cherché des pistes pour gérer concrètement ce type de difficultés que rencontre l’expert.
Une approche utile consiste à apprécier le risque d’erreur au cas par cas et de manière concrète, plutôt que de réfléchir de façon globale et abstraite.

L’évolution des concepts et des outils, notamment logiciels, que requiert aujourd’hui la science forensique,n’est pas encore une assurance contre les erreurs d’interprétation et de prise de décision car on observe de grandes disparités lors de l’emploi de ces techniques.
Dans certains domaines, la nature et la diversité des concepts à représenter, l’absence de consensus sur la manière de représenter les données, la diversité des solutions visuelles envisageables, les contraintes imposées par les outils exploités et l’absence d’une formalisation claire du langage, sont autant de causes supposées des difficultés plaidant pour une nécessaire consolidation des méthodes pratiquées.

La maîtrise des erreurs techniques est a priori un fait acquis même si une vigilance permanente est nécessaire.
En revanche, maîtriser les risques d’erreurs inhérentes à la qualité de la trace et à sa représentativité des éléments qui sont à son origine (source, événements, actions, facteurs d’évolutions indépendants…) est une autre affaire très spécifique au domaine de l’expertise en police scientifique.
Cela rend légitime de poursuivre une recherche approfondie de modèles pertinents pour réduire l’impact de ces difficultés.

Ainsi la trace matérielle en tant que fournisseur d’indices exploitables lors d’investigations policières, judiciaires, voire sociétales montre l’importance des variables à prendre en compte par l’expert ainsi que les risques auxquels il est confronté pour interpréter et conclure.

L’étude des traces matérielles, appelle une compétence, des moyens d’analyses, des méthodes de raisonnement et du discernement sans failles.

Dans tous les cas, l’expert doit s’affranchir de deux obligations : d’une part, celle de la pertinence de la trace puis d’autre part, après qu’elle est admise, de sa représentativité par rapport à la source ou à l’action qu’elle sous tend. Ce n’est qu’ensuite qu’il peut tenter de reconstituer et comprendre le continuum de cette action par hypothèse passée et non vérifiable.

Il est apparu que toutes les potentialités informatives des traces, à travers les indices utiles qu’elles promeuvent, imposaient à l’expert d’élargir son champ de perception au-delà de l’exigence judiciaire immédiate pour être pleinement bénéficiaire à la police scientifique et plus généralement à la société.

La « Forensic Intelligence » en est un prolongement naturel en pleine évolution.
Elle informe sur les phénomènes sériels et le crime organisé, les explique et participe à l’élaboration des mesures réactives certes, mais de plus en plus proactives et préventives.
C’est la voie vers laquelle tend la criminologie qui doit retrouver ses fondements initiaux quant à la démarche scientifique d’exploitation des traces matérielles car celle-ci ouvre des perspectives nombreuses dont l’étude qualitative, quantitative et dynamique ainsi que la prévention des phénomènes criminologiques.

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