Plusieurs recherches ont tenté d’identifier les biais dont peuvent être victimes les spécialistes en comparaison papillaire.
Ces travaux montrent que des biais dus au contexte interviennent dans la dactyloscopie, et qu’il faut en être conscient.
Toutefois, l’étude de Schiffer tend à montrer que, lorsque le protocole ACE-V est suivi de façon stricte, les conclusions se trouvent peu influencées par des informations externes à la comparaison dactyloscopique. Toutefois, il est peu certain que, dans la pratique, ce protocole soit suivi très strictement dans tous les cas.
Il a également été montré que les effets dus au contexte sont problématiques lorsque la comparaison est difficile, c’est-à-dire lorsque la trace (ou l’empreinte) présente peu d’informations fiables.

 

Pendant longtemps, la profession a nié la possibilité de résultats erronés, sauf dans des cas où l’identification erronée est intentionnelle (dans des cas de fabrication de preuve per exemple), ou que le spécialiste n’avait pas les compétences requises.
A la suite d’une étude longitudinale d’envergure, un chercheur a cependant découvert 22 cas d’identifications erronées.

Cole suggère que les cas qu’il a réussi à trouver ne représentent qu’une petite partie des cas existants, mais cette affirmation ne peut pas être vérifiée.
Parmi ces 22 cas, deux se sont produits au Royaume-Uni (alors sous un standard de 16 points).
Un cas s’est produit en Ecosse. Il s’agit de l’identification de Shirley McKie et de David Asbury à partir respectivement d’une trace retrouvée sur une scène de crime et d’une autre sur une boîte de biscuits.
Ces identifications ont été effectuées en utilisant le standard de 16 points en vigueur à ce moment-là en Ecosse.
La policière Shirley McKie, qui niait avoir pénétré sur la scène de crime, a été condamnée pour faux témoignage puis finalement blanchie.
David Asbury de son côté a été libéré après trois ans d’emprisonnement.
A la suite de cette affaire, une enquête complète sur les services dactyloscopiques ecossais a été conduite par un comité du Parlement ecossais, et ce rapport peut être consulté ICI.

Les avis sur l’identification effectuée sont divergents ; certains spécialistes maintiennent qu’il s’agit d’une identification valide, alors que d’autres soutiennent que c’est une exclusion.
Le désaccord persistant entre spécialistes dans cette affaire est problématique pour tout le domaine dactyloscopique.

 

Le cas récent de fausse attribution le plus connu est probablement l’identification erronée de l’avocat américain Brandon Mayfield.
Une trace retrouvée en lien avec les attentats terroristes de Madrid en 2004 a été faussement attribuée, par le Federal Bureau of Investigation ( FBI ), à Brandon Mayfield.

biais et erreurs dans l' identification dactyloscopique

A gauche l’empreinte du médius gauche de Mayfield et à droite la trace papillaire digitale LFP17 (Attentats de Madrid)

Il est intéressant de relever que l’information d’identification transmise par les autorités américaines n’a jamais été acceptée par la police espagnole, cela malgré le déplacement d’une délégation du FBI en Espagne afin de démontrer l’identification effectuée.
C’est quelques semaines après cette identification que la police espagnole est, à son tour, parvenue à identifier la trace avec une autre source, le dénommé Daoud.
Les spécialistes (quatre, dont certains affiliés au FBI et un spécialiste indépendant nommé par le tribunal) qui avaient fait la première identification ont alors constaté qu’ils s’étaient trompés.

Mais le plus intéressant dans ce cas, ce sont les rapports qui ont suivi les incidents.
Les recommandations principales d’un groupe interne au FBI invitent à revoir le programme de formation, les politiques d’acceptation de preuves, les procédures utilisées pour estimer la valeur d’une comparaison trace-empreinte, et d’établir des procédures de vérification plus strictes.
Une révision interne sous l’angle scientifique a mis en évidence un besoin de recherche systématique qui a toujours fait défaut dans la branche.

Enfin, le rapport de l’ Office of the Inspector General ( OIG ) a identifié quatre points critiques dans ce dossier :

  •  L’empreinte de Brandon Mayfield montrait des correspondances importantes avec la trace (10 minuties peuvent en effet être considérées comme rentrant dans les limites de tolérance).
  •  L’utilisation de points visibles essentiellement sur l’empreinte et considérés comme fiable sur la trace.
  •  Des conclusions erronées de l’étape d’analyse par rapport au nombre de traces présentes (impression dédoublée ou superposition) et une confiance peut être trop forte dans des détails de niveau 3 que représentent les pores notamment .
  •  Un biais potentiel du fait que les vérificateurs connaissaient la conclusion du premier spécialiste et donc ont simplement ratifié la décision d’un collègue respecté et expérimenté.

Ces trois rapports sont d’une grande importance, puisque dans l’affaire Mayfield, l’erreur ne peut pas être attribuée à la compétence des spécialistes.
En effet, vu leur expérience et leur statut dans la profession, il était difficile de remettre en question leurs compétences individuelles, ce qui était généralement la réponse privilégiée par la profession dans les cas d’identifications erronées.
Dans les trois rapports susmentionnés, il est relevé que la possibilité d’une fausse identification existe (surtout lorsque le candidat potentiel est suggéré suite à une recherche dans un fichier automatisé comme le Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED) pour la France), et que les procédures en place devraient prendre en compte cet état de fait.
Cette affaire est en train de sonner le glas du concept d’individualisation infaillible en regard de la terre entière.
Plusieurs auteurs ont appelé à l’abandon de conclusions donnant cette illusion de certitude absolue.

Un point important, en lien avec le degré de correspondance entre la trace et l’empreinte, peut aussi être attribué à un phénomène qui prend de l’ampleur à l’heure actuelle.
Cette trace associée aux attentats de Madrid a été cherchée dans les banques de données de plusieurs agences gouvernementales : les Etats-Unis l’avaient en effet reçue par Interpol.
Cette trace est donc l’une des impressions qui a été recherchée le plus largement dans des banques informatisées.
Il est évident que plus la banque de données à laquelle on confronte une trace est grande, plus la probabilité d’une correspondance fortuite est importante.
A l’heure actuelle, les banques de données d’empreintes digitales ou palmaires deviennent immenses ; en Europe, un échange plus direct de données issues des banques de données nationales est en train de s’établir. Les banques de données nationales (comportant des millions de fiches décadactylaires) se retrouveront donc en quelque sorte toutes réunies, et une trace se verra être confrontée à plusieurs millions, voire quelques dizaines de millions de fiches décadactylaires.
A titre d’exemple, la banque de données nationale des Etats-Unis contient plus de 70 millions de fiches décadactylaires.
Cet accroissement important des banques de données devrait être considéré lors de toute prise de décision pour une comparaison donnée.

 

De la source à l’activité

Lorsqu’une identification est effectuée entre une trace et une empreinte, la conclusion indique que la trace et l’empreinte proviennent de la même source.
Cela ne permet pas d’affirmer que le doigt a touché la surface.
En effet, cette deuxième information se situe au niveau de l’activité de l’individu.
Pour conclure à ce niveau, d’autres possibilités doivent être prises en compte, notamment le fait qu’il s’agisse d’une falsification.
Il est en effet possible de falsifier des traces papillaires avec ou sans la collaboration de l’individu concerné, et de déposer ainsi des traces « artificielles ».
Ainsi il est important de garder à l’esprit qu’une identification ne signifie pas de facto que la personne a touché l’objet en question.
L’inférence quant à la manipulation de l’objet doit tenir compte d’autres facteurs extrinsèques comme le positionnement de la trace sur l’objet, la mise en relation avec des traces adjacentes, etc.

 

Datation de la trace

Finalement lorsque se pose la question de la pertinence d’une trace par rapport à une infraction, la datation de la trace devient intéressante.
A l’heure actuelle, celle-ci n’est cependant pas possible dans l’absolu.
Quelques cas où des éléments contextuels interviennent font exception ; par exemple, le fait que des traces soient observées dans le sang indique qu’elles ont été laissées après qu’une personne ait saigné, ou le fait que des traces soient couvertes de suie indique qu’elles étaient présentes avant le feu.

Plusieurs travaux de recherche sur la question de la datation sont actuellement en cours mais ils se heurtent à deux obstacles principaux :

1) la qualité et la quantité de résidu lors du dépôt sont inconnus dans le cadre de traces laissées par inadvertance ;

2) les conditions (température, lumière, humidité) dans lesquelles les traces ont été préservées sont en général inconnues.

Ainsi, l’analyse des composantes des traces peut-elle fournir des informations quant à l’importance relative de certains composés, ou à la dégradation de composés dont la présence dans le résidu est avérée, mais les résultats issus de telles analyses sont très difficiles à interpréter à l’heure actuelle, puisque les quantités absolues ou relatives des différents composés lors du dépôt ne sont pas connues.

 

Emplacement de la trace

L’interprétation de l’emplacement où les traces ont été laissées est également importante.
En effet, sur un même objet (ou une même surface) plusieurs traces peuvent être détectées.
Dans ce cas, il se pose la question de la simultanéité de leur apposition. Il existe des indications d’une telle simultanéité : d’abord, le positionnement des traces entre elles (est-ce qu’il est cohérent avec la forme de la main et la prise de l’objet ?), puis l’existence d’un éventuel mouvement.
Si les traces sont glissées, et toutes d’une façon similaire, l’hypothèse de simultanéité devient très vraisemblable.

Cette information peut, par la suite, être utilisée pour comparer les traces conjointement à des empreintes de contrôle.
Ainsi, une fois déterminé laquelle des traces provient du pouce, celle-ci sera comparée uniquement à des pouces.
Finalement, ce même positionnement relatif peut être utilisé par exemple pour savoir de quelle manière l’objet a été tenu par la main qui l’a touché.
Une bouteille ne sera pas tenue de la même façon si elle est utilisée pour boire ou bien utilisée comme arme.

 

Quelle alternative pour l’expert en dactyloscopie?

Il y a, de façon générale, une forte volonté des spécialistes dactyloscopes de se limiter, dans leurs conclusions, à l’information relative à la source.
Toutefois, la question posée au spécialiste peut souvent ne pas se limiter à cette information.
En effet, dans certains cas, une personne peut très bien avoir manipulé un objet et être à la source des traces, mais sans que ce contact n’ait un lien avec l’activité criminelle examinée par la justice.

Si des informations au niveau de l’activité peuvent être fournies, elles devraient l’être, sous une forme adaptée.
Dans tous les cas il peut difficilement y avoir de certitudes par rapport aux questions d’activité.

L’absence de traces est également souvent mal comprise par les investigateurs et la justice.
En effet, l’absence de traces ne signifie nullement qu’un objet n’a pas été touché (ou qu’il a été essuyé).
En effet, la déposition, la persistance et la détection de traces ne sont pas des phénomènes contrôlés.
Les méthodes de détection sont aussi sensibles que possible, mais si le dépôt laissé était infime, et potentiellement dégradé dans le temps précédant la détection, il se peut qu’aucune trace ne soit détectée alors même que l’objet a été touché.

La préservation est aussi un facteur important ; l’absence de traces s’explique, par exemple, facilement si un objet a été mouillé.
De façon générale, l’absence des traces d’une personne donnée ne peut pas être invoquée pour soutenir que cette personne n’a pas été en contact avec l’objet.

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