Naissance de la police scientifique

police scientifique

portrait police scientifique

Tour à tour fondateur de l’anthropométrie, de la photographie signalétique, de la dactyloscopie ainsi que de la criminalistique, Alphonse Bertillon (1853-1914) représente l’une des poudres maitresse de l’histoire de la police scientifique.

Né dans une famille de scientifiques (médecins, démographes, anthropologues et statisticiens), il travaille à partir de 1879 à la Préfecture de police de Paris comme commis aux écritures, chargé de la copie et du classement des fiches signalétiques et photographiques. Il ne peut que constater l’approximation qui entoure cette tâche et élabore un système de classement fondé sur une série de neuf mesures anthropométriques divisées en trois sous-groupes (petit, moyen et grand), permettant ainsi une répartition des fiches en 3 sections distinctes.

Alphonse Bertillon doit attendre 1882 pour que le Préfet de police Ernest Camescasse accepte son système novateur de classement. A l’issue de trois mois d’essai, il identifie un premier criminel récidiviste arrêté peu de temps auparavant pour vol en flagrant de délit durant un cambriolage, utilisant un prête nom, il est trahi par les mesures de sa morphologie qui le conduisent aux aveux. Ce succès validé détermine le point de dépard de la carrière d’Alphonse Bertillon qui impose rapidement son système de classement à l’ensemble des institutions policières, judiciaires et carcérales du pays.

En police scientifique, l’anthropométrie permettait de distinguer deux individus différents, mais sans pouvoir apporter la preuve indiscutable de l’identité réelle d’un individu. Sans remédier complètement à cette imperfection majeure, Bertillon améliorera son système de plus en plus précis de signalement composé désormais de quatre sections : l’anthropométrie, enrichie de ces nouvelles typologies des oreilles, du nez ou bien des iris de l’oeil ; le portrait descriptif de plus en plus détaillé, aussi appelé « portrait parlé » du visage et du corps ; le signalement photographique, amélioré régulièrement par la définition d’un protocole global déterminant les prises de vue de face, profil puis ensuite le 3/4 ; le relevé des signes distinctifs caractéristiques qui permettait la localisation précise des signes morphologiques et corporels, cicatrices, tatouages, maladies de peau…

Ces techniques pionnières d’identification criminelle répondent alors au débat public qui à lieu alors en France sur les récidivistes qui débouchera, en 1885, sur la loi dite de « relégation » prévoyant leur déportation au bagne. Dans ce contexte et compte tenu de la performance du « système Bertillon »’ ( plus de six mille multi-récidivistes sont identifiées et incarcérés durant la période allant 1882 à 1893) son extension rapide à travers la transformation des fichiers de police est impossible. En plus du double système de classement (phonétique et anthropométrique), Alphonse Bertillon lance une révolution bureaucratique dans l’organisation de l’identification des auteurs de crimes et délits.

Puis vient en 1893, la création du fameux service de l’identité judiciaire ou il applique sa méthodologie de classements au fichier national dit des « sommiers judiciaires », l’énorme fichier national qui réunit les signalements et les données de tous les criminels condamnés. L’architecture des locaux, la définition de procédures d’écritures, de vérifications et de recherches, l’utilisation d’un système de couleurs, de sigles et d’abréviations et l’unification des fiches signalétiques concourent à une mutation radicale du fichier central en identification.

Ensuite, Alphonse Bertillon participe à l’élaboration du système réticulaire entre la capitale, les régions, et même les colonies. Partout dans les villes significatives, des bureaux d’identification criminelle fonctionnent sur le même « modèle Bertillon » parisien et ils alimentent le fichier central ainsi que les fichiers locaux ou spécialisés. En liaison permanente avec les enquêteurs de la police judiciaire, Alphonse Bertillon participe également à l’élaboration des supports mobiles employés durant les investigations : albums photos des catégories de criminels, fiches signalétiques et journaux de la police. Cette généralisation de l’identification, l’unification du support, le système national d’informations et de diffusions (aujourd’hui les Services de Recherches et de Documentations Criminelles) font de Bertillon, le fondateur de l’une des Bibles de la police scientifique.

En police scientifique, le « bertillonnage », développé au sein de la Préfecture de police de Paris, suscite de nombreux projets de développement de l’anthropométrie dans les domaines civil et militaire. Il s’applique notamment aux populations nomades obligées de fournir aux forces de police un carnet anthropométrque lors des contrôles dès 1912. En développe encore le signalement ainsi que les contrôles de la mobilité, le fichage policier s’étend aussi aux individus désignées comme dangereux : les anarchistes des années 1890, les Français et les citoyens jugés subversifs d’avant 1914, puis les étrangers pour lesquels est délivrée la carte d’identité obligatoire dès 1917.

Pionnier de la police scientifique, salué dans Le chien des Baskerville, comme l’inspirateur de Sherlock Holmes, Alphonse Bertillon élargit le spectre d’étude de l’identité à celle de toutes les traces et indices matériels relevés sur les scènes de crimes et délits. il multiplie les inventions en photographie des cadavres, des scènes de crime, appareillage pour les relevés des traces… Il est le premier expert en matière de police scientifique et ses analyses photographiques, chimiques, graphologiques permettent résolvent de très nombreuses affaires criminelles et qui feront sa renommée mondiale.

Empreinte police scientifique

Empreinte digitale

Par ailleurs, la découverte des empreintes digitales utilisées comme indice probant à l’identification certaine d’un individu n’intéresse pas vraiment Bertillon. Il l’utilise pourtant les relevés lors des enquêtes criminelles, prouvant la culpabilité d’un suspect en 1902, il élabore même un système de classification dactyloscopique des relevés de traces et empreintes. Il refuse catégoriquement de revoir son système de classement anthropométrique  retardant d’autant l’application en France des boulversements majeurs de  l’histoire de la police scientifique.

En 1899,  il effectue une analyse graphologique décisive lors du procès Dreyfus, celle du document prouvant la trahison de l’accusé. Persuadé de la culpabilité de l’officier, il élabore une théorie parallèle qui prétend révéler la falsification de sa propre écriture par Dreyfus lui-même afin de tromper la justice. Alphonse Bertillon est attaqué par les organismes de presse qui l’accuse de soutenir le mensonge d’État et mettent en doûte ses compétences. Bertillon échappera de peu à la radiation de la Préfecture de police de Paris. Sauvé par le Préfet Louis Lépine, il se voit viré du service de l’identification graphique confiée au laboratoire de toxicologie et il créera finalement  un pôle de police scientifique  à Lyon en 1910, avec son fidèle ami Edmond Locard.

Tout ceci perturbe la reconnaissance publique et administrative de la police scientifique, le rayonnement de l’œuvre de Bertillon est toutefois énorme. Il diffuse ses méthodes auprès de nombreux policiers français et étrangers. Très pédagogue, il diffuse et met en place le « fichier de classement didactique » qui montre en images sur de grands panneaux , les séries des différentes sortes de forme du nez, du front et des oreilles, viendront ensuite less planches colorées de la classification de l’iris, les multiples types.

Dotés de ce nouveau répertoire visuel, Bertillon impose aux policiers la technique de l’observation. La prise en compte de critères tels que la race, le teint, le caractère ethnique contribue à diffuser au sein de l’institution policière les principes de l’anthropologie raciale.

Alphonse Bertillon décède en 1914. La police scientifique ainsi que les sciences criminalistiques s’implantent dans les esprits…L’administration des identités devenant dès lors un instrument de l’État contemporain.

À lire également

Submit your review
1
2
3
4
5
Submit
     
Cancel

Create your own review

Average rating:  
 0 reviews
error: Alert: Contenu protégé !!