Lors de son introduction au début du 20ème siècle, la preuve par empreintes papillaires a été examinée par les tribunaux de différents pays.
Son pouvoir d’identification a été accepté de façon relativement facile par les tribunaux dès le début du 20ème siècle, notamment en France, en Allemagne, en Norvège et en Suisse.

Locard dresse un inventaire des « succès » en justice de la trace dactyloscopique dès 1914.
Il en va de même dans les pays anglo-saxons où malgré une procédure contradictoire plus exigeante, l’effet de la nouveauté et de la scientificité perçue de la preuve dactyloscopique en fera la reine des preuves.

L’augmentation exponentielle de l’usage des rapprochements dactyloscopiques soit sur la base d’empreintes ou de traces a rapidement mené à lui associer une aura d’infaillibilité qui n’a plus été remise en question jusqu’à récemment.
Au point où la preuve dactyloscopique est souvent présentée en tant qu’élément scientifique pouvant être suffisant à lui seul dans un dossier.
Nous ne pouvons que regretter ce statut.

L’indice technique est certes fort mais pas absolu : il doit être systématiquement replacé dans un contexte et mis en perspective avec les autres éléments du dossier qui peuvent être à charge ou à décharge.

Plus récemment, et suite à une redéfinition des critères d’admissibilité de la preuve technique devant les tribunaux américains, davantage de questions sont posées aux experts notamment aux Etats-Unis.
Les débats les plus virulents ont lieu dans les pays anglo-saxons, ce qui est certainement lié à la nature de leur système judiciaire, soit une procédure accusatoire, accordant une grande importance aux débats devant le tribunal (contrairement à une procédure inquisitoire où la police enquête à charge et à décharge).

Aux Etats-Unis, de nouvelles lignes directrices destinées à aider le magistrat à décider quant à l’admissibilité des moyens de preuve scientifique furent proposées par la Cour Suprême en 1993, faisant alors jurisprudence dans l’affaire Daubert v. Merrell Dow Pharmaceuticals (1993).
Ces nouvelles lignes directrices ont été appliquées aux empreintes papillaires et les preuves dactyloscopiques ont été admises dans plusieurs cas, ce jusqu’à ce que, en 2002, un juge prenne dans un premier temps une autre direction.

preuve dactyloscopique devant les tribunaux
Dans le cas US v Llera Plaza (2002) le juge a décidé que l’expert pouvait uniquement relever les concordances et discordances observées dans un cas donné, mais ne pouvait donner son avis quant à une source commune des deux impressions.
Selon cette décision, c’était au tribunal de déterminer la signification des résultats de la comparaison.
Il a été demandé à ce juge de revoir son opinion.
Il l’a renversée, et a admis la preuve dactyloscopique dans ce cas, ce qui eut comme conséquence un intérêt accru pour la dactyloscopie, aussi bien dans la littérature scientifique et juridique, que dans la presse.

Enfin, dans le cas US v Byron Mitchell (2004) le tribunal a accepté la preuve dactyloscopique sous l’angle des critères fixés par l’arrêt Daubert, mais a évalué le domaine.
Le juge considéra que les avantages de la dactyloscopie sont plus grands que les risques associés, mais que la discipline manque de standards clairs, notamment quant à la quantité ou qualité de caractéristiques nécessaires pour effectuer une identification. Cette jurisprudence s’est montrée constante ces dernières années.

Le statut scientifique de la dactyloscopie est critiqué dans la littérature spécialisée américaine.
La majorité des critiques traitent de l’étape d’évaluation, ou du protocole utilisé (ACE-V).
Il est correct d’insister sur le fait que le suivi d’un protocole (ACE-V) en tant que tel n’enlève en rien la problématique représentée par l’évaluation de la preuve, qui est bien le point où le domaine manque de données et de standards.
C’est dans ce cadre précis que les études statistiques ont toute leur importance.
Une des études effectuées sur des empreintes partielles montre que, en moyenne, une simple configuration de trois minuties (Neumann et al, 2006) apporte un élément indiciel qui vient très fortement à l’appui de l’hypothèse d’identité de source (la probabilité d’observer les correspondances entre trois minuties sur la trace et l’empreinte est en effet environ 7 000 fois supérieure si les impressions proviennent du même doigt que dans le cas inverse).
La force du lien augmente au fur et à mesure que le nombre de minuties concordantes entre la trace et l’empreinte est augmenté.
Il existe donc là un outil qui permet d’apporter un soutien précieux et une transparence bienvenue dans l’évaluation de la force indiciale associée aux mises en relation sur la base des crêtes papillaires digitales et palmaires.

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