Parlons des méthodes de détection des traces papillaires

Type de traces

Les traces découvertes dans le cadre d’une enquête peuvent être soit patentes, c’est-à-dire visibles à l’œil nu, soit latentes, par le dépôt d’une matière qui n’est pas immédiatement visible telle que les humeurs naturelles déposées sur les surfaces papillaires.
De surcroît, les traces peuvent être positives (laissées par un dépôt de matière) ou négatives, par enlèvement de matière.
Elles peuvent également être déposées dans des substances variées telles que la poussière, la peinture ou le sang.
Les traces découvertes dans les investigations criminelles étant souvent latentes, beaucoup de recherches sur la révélation de telles traces ont été effectuées.
En Angleterre, le Home Office Scientific Development Branch réalise des études sur les meilleures techniques à appliquer tenant compte de la spécificité du cas.
Des universités s’impliquent également dans la recherche de nouvelles méthodes (ou l’amélioration des méthodes déjà existantes), tout comme certains services de l’appareil de sécurité intérieure (par exemple, la Gendarmerie royale du Canada, l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale ( IRCGN ) ou bien le Service Central d’Identité Judiciaire ( SCIJ ) en France, le Secret Service aux Etats-Unis).

Les traces latentes se composent généralement du résidu des humeurs sécrétées et transférées, comme par un tampon, par les crêtes de la surface du doigt.
Ce résidu contient surtout de l’eau, des protéines, des acides aminés, des acides gras, des sels inorganiques, du cholestérol et du squalène.
L’importance relative de ces substances varie d’une personne à l’autre, mais également chez une même personne.
La quantité de résidu varie également, et ce en fonction d’un grand nombre de variables, notamment : le régime alimentaire, l’âge, le sexe, et la condition physique du donneur, ainsi que les conditions qui précèdent le dépôt (par exemple : mains lavées plus ou moins récemment, port de gants, température extérieure).
Cette variation au niveau de la quantité, mais également de la qualité du dépôt, implique que les techniques de détection doivent montrer une certaine robustesse.
Par ailleurs, le résidu se modifie avec l’exposition à l’air, à la chaleur, à la lumière, et de plus vieillit.
Ainsi, l’efficacité de certaines méthodes de détection varie-t-elle en fonction du temps, à tel point qu’il existe des méthodes qui ne révéleront que des traces relativement fraîches.

Choix technique

Les réactifs à appliquer dans un cas donné sont choisis en fonction du support où se trouve la trace (poreux, tel le papier, ou non-poreux, tel le verre, voire semi-poreux, comme du papier avec un traitement de sur- face), des circonstances du cas (si les traces potentielles ont été en contact avec de l’eau, seules des méthodes détectant des résidus non-solubles sont employées), de la possibilité de transporter de l’objet au laboratoire ou non, et de l’effet destructeur que pourrait avoir, sur le support, une méthode de détection donnée.

La sélection d’une méthode dans un cas donné est décidée en fonction de l’efficacité des différentes méthodes, mais des critères plus pragmatiques rentrent aussi en ligne de compte.
Ces critères sont la disponibilité de l’appareillage et des réactifs, le temps nécessaire pour l’application de la méthode et les impératifs de sécurité.
Des séquences de méthodes ont également été testées et optimisées, cette utilisation de plusieurs méthodes en séquence afin de maximiser les chances de révéler des traces doit être encouragée plutôt que l’emploi d’une seule et unique méthode de détection.

Sur les surfaces poreuses, des traces peuvent être révélées après des décennies, puisque le résidu est absorbé dans la surface et ainsi fixé. Ainsi des traces papillaires digitales datant d’un siècle ont été révélées sans aucune difficulté.
Les traces se trouvant sur des surfaces non-poreuses peuvent par contre être effacées par simple frottement ; le temps pendant lequel des traces utilisables peuvent être révélées est donc influencé par la manipulation de l’objet sur lequel se trouvent ces traces.

De façon générale, les méthodes de détection sont de nature optique, chimique ou physique ; elles sont détaillées dans les ouvrages de Champod.

Les progrès de ces techniques sont passés en revue de façon complète tous les trois ans pour le Symposium de sciences forensiques d’Interpol.

 

Les méthodes optiques

police scientifique detection des traces

Les méthodes optiques, qui sont toujours appliquées avant et après tout traitement, profitent de l’interaction entre la lumière et la matière pour produire un contraste entre le fond et la trace d’intérêt.
La plupart de ces méthodes optiques n’ont aucun effet négatif sur l’objet (la surface, les traces papillaires et les autres types de traces qui pourraient être présentes), et d’autres méthodes de détection peuvent être appliquées après ces examens.
Une exception est à mentionner dans le cas du rayonnement ultraviolet qui peut dégrader l’ADN éventuellement présent sur un objet.
Différentes conditions d’illumination sont utilisées, à savoir la réflexion, la réflexion diffuse, le fond noir, ou l’épiscopie coaxiale, et des observations sont faites dans des conditions permettant de visualiser une éventuelle absorption sélective ou luminescence.
Les méthodes optiques sont primordiales dans le processus de détection, que ce soit avant ou après un traitement physique ou chimique.

Finalement, l’enregistrement photographique et la documentation de tout résultat doivent permettre au minimum de situer la trace sur l’objet, sa relation avec d’autres traces, et d’obtenir une photographie de près de la trace avec une résolution suffisante pour remplir les critères de qualité prédéfinis.
Chaque image doit comporter une réglette millimètrique (ou un autre moyen de définir avec précision la taille de l’objet photographié).
Il est en effet primordial de définir avec précision la taille de la trace présentée, afin de pouvoir procéder à des comparaisons avec des empreintes au même grossissement.
Les algorithmes automatisés, par exemple, ne trouveront pas de correspondance avec une trace qui est agrandie deux fois dans une banque de données où toutes les images sont enregistrées en taille réelle.

 

Les méthodes physiques

En ce qui concerne la détection physique, la méthode la plus ancienne et la plus courante est le saupoudrage de poudres dactyloscopiques de différentes couleurs et particularités.
Alors qu’au début, il s’agissait de poudres souvent préparées par les soins de l’utilisateur final, elles sont maintenant disponibles commercialement : la firme américaine  » Sirchie «  est leader mondial  en ce domaine.
Ces poudres présentent une très grande diversité, et il existe également différents applicateurs.
Les types de poudres vont de la poudre composée simplement de nanoparticules de carbone à des poudres luminescentes et des poudres magnétiques.
Les poudres ont généralement tendance à adhérer aux composants gras de la trace.
Elles sont plutôt utilisées sur des surfaces non-poreuses, ont une sensibilité limitée comparativement à certaines techniques applicables au laboratoire, mais ont le grand avantage d’être d’une grande simplicité d’emploi. En particulier sur les scènes de crime, l’usage de poudre dactyloscopique est une méthode très fréquemment appliquée, et les traces ainsi révélées peuvent (après photographie in situ) être prélevées au moyen de feuilles gélatine ou bien à l’aide de transferts adhésifs spécialement conçus.
Parmi les méthodes physiques se trouve également la déposition métallique sous vide. Des métaux (de l’or puis du zinc) sont évaporés dans un vide poussé.
Ces métaux ont alors tendance à se condenser différemment sur les traces papillaires et sur le substrat, créant ainsi un contraste entre la trace et le fond.

 

Les méthodes chimiques

La plus grande et diversifiée des classes de méthodes de révélation de traces papillaires est celle des méthodes chimiques.
Ces réactifs utilisent, dans des réactions spécifiques, les composés présents dans les résidus qui constituent la trace.
La ninhydrine ou la 1,8-diaza-9-fluorénone (DFO) réagissent avec les acides aminés pour former un composé pourpre (le pourpre de Ruhemann) ou un composé luminescent, tandis que le 1,2-indanedione forme un composé à la fois rose clair et luminescent.
Ce sont les trois méthodes de choix pour la détection de traces formées par un dépôt contenant des acides aminés (c’est-à-dire qui n’ont pas été mouillées) sur les surfaces poreuses.
En termes de sensibilité l’avantage va actuellement au 1,2-indanedione qui surpasse les résultats obtenus avec une combinaison DFO-ninhydrine.

Si une séquence de détection est appliquée, ces méthodes peuvent être suivies d’une méthode mettant en jeu une réaction avec des composés gras, par exemple le  » révélateur physique  » qui consiste en une déposition d’argent en solution avec un système d’oxydoréduction.

En ce qui concerne les surfaces non poreuses, la méthode de choix est la fumigation de cyanoacrylate (super glue).
Les vapeurs de colle se polymérisent préférentiellement sur les résidus de la trace en produisant des crêtes blanches portant ce polymère.
De surcroît, le polymère peut réagir avec des colorants de diverses natures, la plupart du temps luminescents.
De cette façon, le contraste entre les traces révélées au cyanoacrylate et le support est augmenté.
La chauffe du cyanoacrylate doit être parfaitement maîtrisée car elle peut déboucher sur la création de cyanure !

Il existe également des méthodes spécifiques pour les surfaces adhésives, les traces laissées dans le sang ou des surfaces particulières telles que les papiers thermiques, le polystyrène expansé ou le bois.
Les réactifs pour les traces sanglantes utilisent les propriétés particulières du sang, spécifiquement du groupe hème ( hémoglobine) des globules rouges.

Après un énorme retard,  l’imagerie numérique est enfin utilisée dans le domaine des sciences forensiques en général, et dans le cadre des empreintes papillaires en particulier.
Les systèmes d’imagerie numérique permettent l’utilisation d’un large éventail d’outils à la capture et surtout au niveau du traitement de l’image.
Un des risques souvent évoqué au retard de mise en place dans ce domaine est la possibilité de modifier les images numériques avec une facilité accrue par rapport au support argentique traditionnel.
Il est recommandé de documenter chaque étape de traitement et de conserver l’image originale, « brute » dans un format de négatif digital (potentiellement tatoué numériquement afin d’en assurer la traçabilité).
La documentation doit dont permettre de reconstituer toutes les étapes de traitement jusqu’à la production de l’image de sortie, une traçabilité exemplaire est donc de mise afin de répondre à toute requête de contestation ultérieurement formulé par un avocat, par exemple.

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