Parlons de l’identification de cadavre…

Elle nécessite souvent une approche multidisciplinaire associant médecins légistes, dentistes, radiologues, voire histologistes.
Je distinguerai deux situations, celle où les cadavres sont complets et celle où ils sont incomplets.

Le premier cas se subdivise en deux : l’identité est supposée ou bien elle est strictement inconnue.

Identification d’un cadavre dont l’identité est supposée

Hormis le cas où la reconnaissance visuelle est possible (photos ou témoignage des proches), et donc peut suffire, seront utilisés les moyens suivants :

  •  Les empreintes digitales ; ce candidat à l’identification a pu avoir ses traces relevées par l’identité judiciaire ; mais on peut aussi les comparer avec celles qu’il a pu laisser à son domicile sur des objets familiers.
  •  La comparaison avec les fiches de soins dentaires (odontologie) ; c’est la solution la plus simple et la plus fiable car toute denture est unique.
  •  La comparaison de radiographies anciennes (sinus, image thoracique, colonne lombaire, bassin) avec celles que l’on effectue sur le cadavre.
  •  La mise en évidence à l’autopsie de particularités anatomiques : cholécystectomie, hystérectomie… (ablation chirurgicale d’organes : vésicule biliaire, utérus, estomac, poumons, etc.), trépanation, séquelles de fracture, prothèse métallique, etc…
  •  La comparaison des empreintes génétiques du cadavre avec celles de ses parents génétiques ou de ses descendants.

 

Identification d’un cadavre strictement inconnu

On procède aux opérations successives suivantes :

L’évaluation de l’ancienneté du cadavre

Elle peut être approximativement estimée si le corps n’est que putréfié.
Celle du squelette est beaucoup plus problématique.
Citons la méthode par la recherche de la fluorescence sous UV : si elle est absente, le squelette date probablement de plus de 50 ans.

La détermination de la race

Aucun critère phylogénétique n’est actuellement disponible.
Seul le recours aux différences macroscospiques anthropologiques est possible.
Il existe trois grands types raciaux anatomiquement bien distincts par leur crâne : le mongoloïde, le caucasoïde et le négroïde (à titre personnel je trouve cette dernière appellation normative inadmissible et raciste mais je me dois de vous la restituer ici à contre cœur car elle est enseigée ainsi).
Les métissages, surtout en Europe, ont été très nombreux et de part ce fait de multiples variantes existent.

La détermination du sexe

La détermination du sexe qui pose problème lorsque l’analyse concerne un squelette ou des fragments humains, se fonde principalement sur l’étude de la symphyse pubienne (c’est l’articulation antérieure du bassin, entre les os iliaques, faite de tissu fibro-cartilagineux ; son aspect est plus large et épais chez la femme) et de son angle pubien ainsi que celle de la grande échancrure sciatique et de l’articulation sacro- iliaque (au niveau du bassin).
Pour les adultes, ces critères permettent d’obtenir un diagnostic dans 90% des cas.

La détermination de l’âge

Les difficultés sont différentes selon les âges de la vie.
Chez l’enfant de moins de 10 ans, l’étude du développement dentaire permet une grande précision.

Chez l’adolescent jusqu’à 20 ans, on se base essentiellement sur l’apparition et le stade de fusion des épiphyses (cartilages de conjugaison). On étudie celles de la partie distale du radius, de la crête iliaque antérieure et de l’extrémité interne de la clavicule.

Chez l’adulte, le diagnostic repose sur l’étude macroscopique de la symphyse pubienne, l’étude radiologique du plastron sternal et l’étude dentaire.

Eric Baccino a démontré que le meilleur rapport « précision de l’estimation/simplicité de réalisation » est obtenu par la combinaison de deux critères selon une procédure en deux étapes (Two step procedure ou TSP de Baccino).

  •  pubis (selon la technique de Suchey-Brooks) et
  •  dent (selon la technique de Lamendin)

 

Le premier critère est osseux. Dans leur examen macroscopique Suchey et Brooks décrivent six phases d’aspect différent en fonction de l’âge.

La méthode de Lamendin est fondée sur la translucidité radiculaire de la racine dentaire et sur la hauteur de la périodontose (mesure de l’espacement entre jonction cément/émail et la ligne d’attache des tissus mous correspondant à la rétraction de la gencive). Ces deux variables sont exprimées sous la forme d’un quotient dont le dénominateur est la longueur de la racine.

La réalisation de cette technique nécessite une dent monoradiculaire intacte.
L’âge est calculé selon la formule suivante :

A = 18 x Hp/Hr + 42 x Ht/ hr

dans laquelle :

  •  l’âge A est exprimé en années
  •  Hp est la hauteur périodontose
  •  Hrf la hauteur de la racine
  •  Ht la hauteur de la translucidité

La TSP de Baccino consiste d’abord à examiner les pubis pour déterminer le sexe puis la phase d’âge.
S’il s’avère qu’il s’agit d’une des trois premières phases du système Suchey-Brooks (I, II, III), l’âge est estimé uniquement par référence à cette méthode.
S’il s’agit d’une autre phase (IV, V, VI), la méthode de Lamendin est alors appliquée seule.

Identification de cadavre : Méthode de Lamendin

Méthode de Lamendin sur une dent monoradiculaire

 

Identification de restes humains

Les difficultés varient en fonction de la nature des os et de leur nombre.

  •  Le diagnostic de sexe est relativement facile si l’on dispose d’un crâne complet, d’un bassin ou d’une symphyse pubienne.
  •  Le diagnostic d’âge est relativement facile si l’on dispose d’un maxillaire avec dents ou d’un sternum (même isolé).
  •  Le diagnostic de taille est facile si l’on dispose d’os longs complets du membre inférieur et d’une colonne lombaire. On peut alors appliquer la formule de Fully, à la précision satisfaisante.
  •  Stature = 2,09 (fémur + 5 lombaires) + 42,67 + K 2,35
  •  Stature = 2,32 (tibia + 5 lombaires) + 48,63 + K 2,54
  •  le paramètre K a été établi empiriquement.

 

Identification de cadavre : Conclusion

L’autopsie médico-légale est une opération complexe qui doit se faire selon la stricte observance d’un protocole opératoire précis.
Sa contribution à l’information judiciaire dépend non seulement de la qualité de sa technique de la pertinence de la discussion et des conclusions de son rapport mais aussi des examens anatomo-pathologiques, toxicologiques et de police scientifique qui la complèteront.

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